Plateau Débat Public

Quel Tourisme pour Demain ? Intervention Capen

Publié le samedi 27 février 2021

La Capen, membre de FNE-BFC, fédère plus de 20 associations qui ont, à divers titres, à voir avec la question du tourisme, par leurs propres objets et actions et par les liens qu’elles entretiennent avec d’autres organismes. Leur rôle et donc le nôtre est, schématiquement, de deux ordres, dans l’opposition et dans la proposition, recouvrant des actions qui font une part importante au tourisme responsable et d’ailleurs recoupent sous leurs angles propres les approches traitées dans les exposés précédents.

Évoquons d’abord ce qui relève des projets destructeurs, comme Center Parcs ou Eclat à Tournus. Ces projets touristiques ont en commun de porter atteinte à l’environnement et n’ont rien à proposer d’autre pour y remédier que des «  compensations » dont nous relevons les insuffisances mais qui, surtout, ne sont que le troisième point d’une triade qui place avant elles, en premier Eviter et en second Réduire. Eviter Réduire Compenser ne se lit pas dans le désordre.

Jamais les projets touristiques qui portent atteinte à l’environnement ne cherchent à éviter cet écueil. C’est presque une lapalissade, éviter cette atteinte c’est les éviter eux-mêmes car ils commencent tous par détruire. Notre premier rôle n’est donc pas de les aménager moins défavorablement pour l’environnement mais de lutter pour qu’ils ne se fassent pas du tout.

Quelquefois, ils présentent des éléments de réduction de leur impact comme des avancées significatives en faveur de l’environnement, chauffage sans énergies fossiles, zones de sols perméables, un peu d’écoconstruction, boutique de promotion du terroir, etc. C’est toujours un verdissement de façade à but promotionnel ou d’acceptabilité. Tout ça est dit à coups de serpe mais est tiré de l’expérience. Nous pourrons y revenir si vous le souhaitez.

Pour nous tout projet doit obéir à une première règle : d’abord ne pas nuire, et singulièrement tout projet touristique car, de plus en plus, la sincérité de l’offre compte et la clientèle repère et sanctionne le faux-semblant. Je vais y revenir tout de suite dans la seconde partie, la Saône-et-Loire étant particulièrement propice à un tourisme d’authenticité qui révèle sans pitié le toc et le mensonge.

L’autre rôle des associations et des personnes qui composent la Capen est de donner un autre sens à l’expression longtemps resservie par les politiques d’aménagement du territoire, le « projet touristique structurant ».

Que structure un parc d’attractions, à thème ou de loisirs ? Ils sont trop nombreux à ne rien apporter au territoire où ils sont implantés, trop nombreux à avoir fermé leurs portes pour que la question ne se pose pas. Ce n’est pas une opposition systématique de notre part, certains, généralement petits, sont utiles aux populations locales, de rares très gros fonctionnent grâce à une implication locale sur plusieurs décennies. Le plus souvent il ne s’agit que de réalisations de tourisme industriel, fonctionnant en vase clos sauf pour son personnel d’origine locale qui peut y trouver un complément de revenu pour un emploi de mauvaise qualité, sous-payé et à temps très partiel. Ce chantage à l’emploi dans des zones désertifiées, avec des populations paupérisées, ne tient pas.

Les sommes d’argent public qu’il faut investir sont hors de proportion avec les résultats. Mais à l’état de projet c’est souvent spectaculaire, donnant l’illusion d’une action politique dont on peut parfois craindre qu’elle n’ait d’autres motivations. Une fois le projet réalisé, c’est trop tard.

Face à ce type de projets nous avons une difficulté. Ce que nous proposons est beaucoup moins visible. Revitaliser les territoires ne se voit pas plus ostensiblement que la destruction de l’économie diffuse par les loisirs et le tourisme industriel. Les points verts touristiques que développent associations et particuliers ne sont pas concentrés en une grosse structure spectaculaire.

Mais un terme, d’ailleurs déjà employé par divers organismes de diagnostic et de promotion touristique, est adapté à nos territoires, c’est celui d’itinérance.

Il rend compte de propositions touristiques conformes à leurs caractéristiques de diversité et de dispersion. L’itinérance est aujourd’hui largement sous-utilisée, ne prenant forme qu’à travers quelques circuits thématiques comme celui des vins, des églises romanes ou de l’artisanat, non croisés entre eux et insuffisamment reliés aux capacités diffuses d’hébergement.

C’est un tourisme de « cueillette » non consommateur de nouveaux espaces qui reste à développer, à améliorer. En particulier sous l’angle environnemental, avec la sensibilisation réalisée par la Capen et ses associations, en lien avec le monde paysan, la valorisation des sites Natura 2000, les parcs régionaux, actuel dans le Morvan et en devenir pour la Bresse. C’est, par exemple, le tourisme de randonnée qui se relie à la diversité des paysages en général, des habitats et des espèces, à la protection des forêts de feuillus, des pelouses sèches ou des zones humides en particulier.

Tout cela favorise la pluriactivité, les activités complémentaires pour les populations locales. Cela débouche sur le maintien, voire la réapparition des commerces locaux, des services publics, de l’offre culturelle que portent de nombreuses petites structures artistiques, d’art plastique et de spectacle vivant, sans oublier la médiation sur le patrimoine et l’histoire, aujourd’hui limitée à quelques présentations dans les villes d’art et d’histoire.

C’est dans tout cela que se trouve la vie et le ferment de la redynamisation des campagnes et des bourgs, comme des centres-ville. Ce magnifique gisement, qui donne sa dimension économique à l’écologie, ne doit pas être abandonné au profit de quelconques facéties qui relèvent de conceptions du passé dont tant de touristes ne veulent plus.

Le tourisme, demain, ne sera plus, ne pourra plus être ni industriel ni de masse pour les raisons environnementales que l’on sait. Le tourisme changera, aussi, pour des raisons culturelles. Cela fait également partie de notre rôle d’aider à retrouver le sens du voyage. Nous ne sommes pas des rabat-joie lorsque nous proposons autre chose que la triste consommation standard. Mais il faut que nous sachions porter cette proposition d’autre chose.

Quand j’étais enfant, mes parents m’emmenaient parfois à Orly le dimanche. Voir décoller les Caravelles me fascinait et j’aimais l’odeur du kérosène. Puis quelque chose a changé. Le rêve a rencontré le réel, autrement. Et ce fut vraiment bien, je vous l’assure. C’est toujours pareil aujourd’hui, avec d’autres vécus. Un enfant peut être heureux en barbotant dans un Aquamundo mais l’adulte qui l’accompagne ne peut plus ignorer l’avenir qui l’attend.

  • Présenté par François Lotteau, administrateur, au nom de la Capen.
  • Visioconférence du 25-02-2021 
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