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Au nom de la santé publique et de la crise sanitaire, le déni de la santé environnementale

Publié le mercredi 4 novembre 2020

Les pouvoirs publics constatent et se plaignent de la défiance de citoyens à l’égard des mesures prises pour lutter contre la pandémie du COVID. Mais se sont-ils interrogés sur la légitimité démocratique et scientifique des mesures prises – mais surtout non prises - depuis des décennies, sur la base de l’argument qui serait de sauver des vies ?

Cela fait des lustres qu’ils laissent empoisonner l’air, l’eau, les sols, la nourriture, nos corps, l’environnement et la nature. Au nom de l’économie, de la croissance, de l’emploi…du secret des « affaires ». Avec des coûts exorbitants dont les montants suffiraient à financer les solutions à mettre en œuvre.

Ils le font même au prétexte d’une écologie dévoyée pour sauver les apparences, parce que les effets du dérèglement climatique et de l’érosion catastrophique de la biodiversité sont devenus évidents, et leurs fondements scientifiques indéniables.

A elle seule, la pollution de l’air constitue une menace sanitaire préoccupante. Les projets et réalisations de travaux routiers inutiles et climaticides, les compétitions automobiles se poursuivent pourtant inexorablement. Nous savons aussi que l’utilisation massive des pesticides continue bien qu’en en connaissant ses effets désastreux sur la santé publique comme sur l’environnement. Les pouvoirs publics, l’Europe, persistent dans le déni de cette réalité morbide.

Personne non plus ne peut encore ignorer la faillite programmée d’une industrie nucléaire nous laissant des centrales usées où les incidents se multiplient, rendant l’accident majeur de plus en plus probable. Et il faut y ajouter les autres risques industriels sous-estimés car mal contrôlés.

L’agrochimie industrielle vient d’être reconduite par l’Europe des lobbies et se poursuit mondialement, favorisant les pandémies, constituant une atteinte écocidaire majeure, dont le pire est à venir. Et la liste pourrait être beaucoup plus longue…Sans même aborder les conséquences sociales.

La moindre atteinte au climat, à la biodiversité, et la cascade de problèmes induits qui semblent être locaux, touche en fait toute la planète et entretiennent l’illusion que l’exception locale dérogatoire est possible. La solidarité n’est pas une obligation mais une nécessité devenue irréversible. Refuser de porter le masque contre le COVID, ou autre contrainte, c’est un geste niant l’atteinte individuelle à la santé publique collective. Le sort de chacun est lié à la responsabilité de tous.

Notre mode de développement est devenu morbide, anxiogène, liberticide, inégalitaire ; mais en même temps de plus en plus autoritaire, souvent totalitaire. Les modes de décision concernant notre avenir n’ont plus aucun fondement démocratique : les démocraties en crise sociale et politique du fait du virus ont recours à la force pour imposer leur survie dans un système irresponsable inchangé.

Voilà l’origine d’une défiance légitime qui ne fera que croître. Nous ne pouvons plus prendre au sérieux les leçons de civisme venant de ceux qui nous ont mis dans cette situation de mensonge officiel permanent sur le contenu réel des menaces multiples sur la santé publique.

Avec plus de démocratie, plus de transparence, en associant les citoyens aux orientations majeures et aux mesures à mettre en place pour une transition urgente. L’Etat est garant du droit à la protection de santé publique, inscrite dans notre Constitution. La responsabilité légale, pénale, est une condition sine qua non de la légitimité des décideurs publics et de la confiance que doivent pouvoir leur porter les citoyens.

Capen __On lira avec intérêt l’interview/article de Sophie DUROY -doctorante en droit international public, enseignante à Sciences Po Paris – dans le Journal des sociétés du samedi 4 juillet 2020 - N°41